UN CAFE ET L'ADDITION (Suite )
C'était ce moment sans gloire, un peu désespoir, un peu noir, un peu hasard du dimanche soir. A l'heure avancée de l'après-midi, l'arrière quartier se pétrifie dans l'immobilisme dominical. Seuls deux ou trois cafés ouverts sur la place, pauvres isolats humains, expurgent régulièrement d'heure en heure, leur lot quotidien d'ivrognes, jambes en compas, mains indécises contre la clôture, rotant et pestant sans retenue comme des chauffeurs routiers ukrainiens....
Dehors, le toit poussiéreux du véhicule bleu délavé stationnant depuis des semaines au coin de la rue, futur butin des épavistes, s'était recouvert des empreintes des chats du voisinage, formant ainsi un curieux tableau pointilliste, car les félidés avaient élu à l'unanimité la vieille carrosserie déglinguée, châtellenie du quartier.
Sur les murs et poteaux de la rue, un prédicateur exalté a collé partout des affichettes portant le message suivant :
Dieu te cherche !
Quelqu'un répondit au stylo : Dis-lui que je suis au bistrot !.