morceau choisi de mon dernier livre UN CAFE ET L'ADDITION

Publié le par ROBERT BRUCE ET SON ANE PLATON

... Non, cette rue querelleuse et populaire n'est pas métaphysique, simplement elle vit, rote et chante sur un autre tempo. La méditation philosophique n'est pas son credo, ses habitants jamais en reste, ne consultent pas l'Officiel des Spectacles ou Télérama pour sortir le samedi soir. A l'heure où dans les beaux quartiers le grand monde s'ennuie, quand les hommes ont du vague à l'âme et quittent les restaurants d'une démarche chaloupée en serrant les femmes plus près, que l'on tire des lignes dans les "grandes surfaces" de 400m2 de l'Avenue Victor Hugo en se finissant au champagne sur les balcons, la rue des 3 Bornes en pleine anomie a le sang qui afflue fort à la tête, les mains chaudes, le pouls trop rapide. Excitée, elle plume ses poules sans les faire crier, pose ses collets et braconne outrageusement jusqu'à satiété. Monte alors du trottoir un sacré charivari, s'agitent des sons et des gens bizarres, se donne dans les cafés et les bars, un récital plus foisonnant que tous les accords et arias de la Scala. Les odeurs mélangées de plats sucrés-salés, canelle, cumin, réglisse, coriandre, musc, iris, gingembre, vanille, anis, safran traversent la rue, entre en résonance avec toutes les langues, se répandent.

 

Dès la nuit tombée, je le sais, se croiseront et se toiseront sans relâche dans ce quartier défavorisé, sans jamais se rencontrer, des générations de paumés, de rejetés et d'immigrés.

 ...Aujourd'hui les hommes ont perdu la raison, ils s'entretuent pour le football et la religion. Pardon ! 

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