LETTRE D'UN AMI
Je publie rarement sur la toile une lettre reçue d'un lecteur, car je serre précieusement ce courrier dans une chemise à part que je ne divulgue pas, mais qu'il m'arrive de relire pour mon plus grand bonheur. Pourtant, aujourd'hui je déroge à cette règle pour partager un moment de fraternité et de générosité avec vous, en reproduisant ci-dessous in extenso un billet de mon ami Jacques Dubreuil :
Mon cher Robert,
Quelques mots sur le livre que tu m'as si gentiment offert : "Les bruits du Village"
Celui-là, c'est ton livre. Ton livre d'écrivain. Un livre qu'on ne dévore pas, un livre qui coule tout seul comme un bon vin. Et comme un bon vin, jouisseur je suis, je n'ai pas eu la sagesse de m'arrêter, puis de reprendre plus tard, pour le déguster à nouveau. Comme un bon vin, je l'ai bu d'un trait ou presque, il faut bien respirer entre Rouen et Montpellier pour aller retrouver ses petits. C'est vrai, j'étais un peu étourdi à l'arrivée, mais pas de gueule de bois, c'était du bon, du très bon, un grand cru.
Je m'en suis voulu de ne pas avoir eu la sagesse de le déguster à petites gorgées si bien que j'en ai repris quelques lignes au retour.
C'est du Maupassant mais humaniste, du Doisneau et sa mélancolie précieuse, et que dire des illustrations de René Cocagne.
En fait, les expressions de la préface "homme de caravane"... "un pays, le chant de la terre, ses habitants en sont le sang"... et le préambule avec ton amour illimité des hommes... "qu'as-tu fait de ton talent"... J'en avais déjà comme on dit "touché mon salaire". J'ai failli arrêter pour méditer sur ces quelques lignes, amuse-gueules, un repas à eux seuls. Je ressentais la même chose quand j'ouvrais la première page de la "Légende du Siècle" de Victor Hugo, "j'eus un songe et le mur des siècles m'est apparu" ça me suffisait pour partir en méditation, en rêverie. T'es sûr de ne pas être Franc-maçon ! Après tout qu'importe, ne dit-on pas que l'on peut être Franc-maçon sans tablier mon frère ou tout simplement appartenir à la grande fraternité universelle.
Il faut aimer l'humain pour écrire comme cela. Ce que j'aime avant tout, c'est que tu sais gratter les vernis sales pour trouver l'homme et mieux que cela tu entraînes le lecteur à appliquer à lui-même ta recette ; regarde, ne juge pas, gratte et aime l'être et non le " par être". Comment aimer les hommes si on a peur de se salir les mains pour gratter le carrosserie. Souliers vernis, mains blanches, que de l'inhumain.
C'est un livre à ne pas ranger, à ouvrir à n'importe quelle page, au hasard. Au fait, un de mes guides africains me disait : "il n'y a pas de hasard, le hasard c'est la forme que prend Dieu pour passer incognito".
Tu sais, nous en avons parlé entre deux bons verres de vin et une bouchée de pot-au-feu, ce que j'aime dans le voyage c'est le retour pour partager le peu appris. N'ayant plus de temps devant moi pour voyager et transmettre, je ne voyais plus la finalité d'un prochain voyage. Ton nomadisme, tes voyages, tes écrits, tes recherches de paix de l'âme, l'amour du geste m'ont donné l'envie de partager. Un jour, j'écrirai pour moi aussi pouvoir dire : "voyages et écriture, voilà ma thérapie". Pour le moment je travaille la terre mais un jour... tu écris comme j'aimerais écrire, je te l'ai dit : en technicolor.
Quand l'écriture est belle, elle coule avec une telle limpidité que cela paraît facile. Au fond, c'est un peu comme le potier sans oublier que la beauté est dans la terre et que le potier ne fait que révéler. Pour l'écriture c'est peut-être pateil ?
Rendez-vous aux Z'ORTIES.
Ce fut une belle journée que j'appelerai fraternité.
Amitiés
Jacques Dubreuil