LA GRANDE NUIT - FICHE DE LECTURE VERSION 2 -Robert Bruce

Publié le par ROBERT BRUCE ET SON ANE PLATON

bruce_500.jpgCertaines oeuvres cinématographiques s'imposent et survivent par l'esthétique exceptionnelle et intemporelle de la caméra. De même, la Grande Nuit envoûte par l'esthétique étonnante de la langue qui la compose. C'est une oeuvre de conteur dont on tire la quintessence par une lecture à haute voix, en petit comité, s'attardant et revenant sur le scintillement des phrases.

 

Mais la Grande Nuit n'est pas seulement un beau poème en prose, il tire son charme maléfique du cauchemar qu'i fait partager, la recherche désespérante et destructrice d'un être qu'on aime par-dessus tout, mais dont on a perdu la trace dans une mégapole comme l'Ile-de-France.

 

Errer sans fin en scrutant en vain les visages qu'on croise dans les rues conduit à la marginalisation et à la clochardisation. Et c'est là que réside l'originalité et la puissance de ce livre, car on n'a jamais raconté la rue d'une manière aussi pleine.

 

L'errance, la lenteur, l'humidité, les ombres, la précarité, le vin, la crasse, les petits conforts, la perte des repères sont bien racontés mais ne sont pourtant pas l'objet principal du récit. La force d'évocation du livre est concentrée sur la vie dans la rue vue de l'extérieur, par quelqu'un qui n'a d'autre activité que de regarder en subissant.

 

_La Grande Nuit est le livre de la sensation absolue consacré à la rue. Pour celui qui marche sur le trottoir en téléphonant, en parlant à un ami, en parlant à un ami, s'en allant à son travaikl, un rendez-vous ou son domicile, la rue est un décor de sa vie. S'il n'a rien d'autre que l'errance, le dénuement et la solitude, s'il n'est plus rien, le décor qui l'entoure devient sa vie. Raconter sa vie de clochard, c'est raconter l'environnement où on s'est perdu.

 

Ainsi, la Grande Nuit est un poème en prose d'une esthétique formelle envoûtante, qui nous décrit avec une précision clinique, un continent que nous ne connaissons pas : la rue.

 

C'est une oeuvre littéraire à la forme chatoyante qu'on a plaisir à dire tout haut, à entendre, à déguster longuement ; de plus, c'est un formidable carnet de route d'une clochardisation vécue lucidement par un esprit distingué, ce qui est un témoignage rarissime et précieux.

 

Gérard Saintaurens

 

 

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